Une histoire vécue qui pourrait être la nôtre, la vôtre, celle de vos parents, vos grands-parents…

Michel et Danielle Haubert sont nés et ont grandi à Saint Aubin Epinay. Michel quitte l’école dès 12 ans pour travailler avec son père, saisonnier employé dans les champs aux moissons, à l’arrachage des betteraves … et bucheron l’hiver venu. De l’école, Michel garde en mémoire le souvenir d’être celui qui devait allumer au quotidien le poêle à bois situé au milieu de la classe.

Ils sont cinq enfants. Chez Danielle, 5ème d’une fratrie de 13 enfants, ses parents accueillent par ailleurs une enfant martiniquaise jusqu’à ses 14 ans. Chacun a sa place sur les bancs de la grande table et la discipline s’impose. Elle se souvient avec tendresse de ce père, né à Saint Aubin Epinay, musicien dans l’âme, joueur de batterie, animant les bals à Saint Aubin avec son orchestre. Il est aussi coiffeur dans la petite pièce de la maison, réservée à cet effet, et pompier volontaire à Saint Aubin Epinay.

Pendant l’exode de juin 1940, la famille de Danielle reste à Saint Aubin. Celle de Michel part sur la route vers Alençon à pied, laissant tout derrière eux. « Nous étions des milliers. Les chars allemands arrivaient sur Buchy. Il fallait marcher avant le bombardement des ponts ». Lorsqu’ils atteignent Gacé dans l’Orne, c’est pour voir les bombes tomber sur l’école et les allemands arriver. La famille Haubert prend alors le chemin du retour vers Saint Aubin Epinay.

De 16 à 20 ans, Michel travaille chez Mills à Darnétal, usine d’impression pour les  étoffes avec ses imposantes machines à rouleaux, de 3 à 13 couleurs selon les tissus.

A 21 ans, service militaire oblige, il est affecté 12 mois en Allemagne puis 12 mois en Algérie et au Maroc. « On ne savait pas très bien où se situait la frontière… ».

Au retour, il travaille dans l’entreprise Fortin de Rouen. Chercher l’eau souterraine est au cœur de son métier qui le passionne. « On ne prend pas l’eau des sources et des rivières ». Les études géologiques menées en amont ne laissent aucune place au sourcier d’antan avec sa baguette de bois ou son pendule. On est sur les sondages et forages avec des pompes actionnées par l’électricité. Les besoins sont importants tant pour les usines de la région comme Shell, Saint-Gobain …, les villes comme Rouen, Darnétal … mais également dans des structures géographiquement plus éloignées telles les fromageries dans l’Orne, la Sarthe, la Somme pour ne citer qu’elles. « 12 heures par jour par tous les temps voire jusqu’à minuit car il faut parfois finir au plus vite ». Sur la commune, à Epinay, il se souvient encore du forage réalisé en bas de la côte à plus de 80 mètres.

En 1980, après bien des hésitations, la lassitude des déplacements aidant, il accepte la proposition d’embauche de M. Blondel Maire de Saint Aubin Epinay. Il travaille pendant 13 ans sur la commune. De cette période, il garde le souvenir de découvertes faites incidemment. Ainsi au centre Saint Romain, il trouve derrière une poutre une lettre bien cachée d’un allemand écrivant à son épouse, des années 1914/1918. Plus tard, les travaux de restauration de l’église d’Epinay l’amènent à suggérer à l’abbé Gilbert Lemaire un massif de fleurs à l’entrée de l’église. Tout en en creusant, Michel Haubert découvre, à 40 cm de profondeur, une statue dont la tête, coupée, est déposée également sous terre. Nous supposerons un des actes à l’époque de la révolution. Cette statue, remise en état, se situe à l’entrée de l’église d’Epinay.

Danielle Haubert de son côté sort de l’école à 14 ans avec son certificat d’études en poche. Elle travaille aux Cartonnages à Saint Léger du Bourg Denis. « On allait toutes aux Cartonnages ». Fabrication de boîtes à chaussures mais aussi pour les petits suisses, les pots à yaourts, les médicaments…, la paye est fonction du rendement. « On donnait le salaire, versé à la quinzaine, à nos parents ».

A 18 ans, âge requis pour rentrer au centre hospitalier, elle travaillera d’abord à Bois Guillaume, puis trois ans au Samu de Rouen avant de travailler plus de 30 ans au service de réanimation chirurgicale à l’hôpital Charles Nicolle de Rouen. Sa maman, par ailleurs, l’aura précédée en y travaillant  courageusement 15 années après avoir élevé les enfants. Danielle aime à dire qu’elle chantait tout le temps et que tout le monde chante dans la famille. En feuilletant son livre d’or, on s’arrête sur quelques phrases écrites par ses collègues et professeurs : « J’aimais bien vous entendre chanter », « Mais comment les malades feront désormais »…

Aujourd’hui, à Saint Aubin Epinay, Danielle continue de chanter Edith Piaf et Le temps des cerises. Michel répond aux nombreuses sollicitations et tous deux ne comptent pas leur temps pour aider. Avec leurs 3 enfants et leurs 7 petits-enfants, ils ont fêté les 80 printemps de Michel et sont heureux de l’arrivée récente d’un arrière petit-fils.

Nous n’avons pas vu le temps passer en ce samedi après-midi 21 septembre 2013 tant l’accueil chaleureux empreint de spontanéité, de gentillesse et de délicatesse nous a conquis. Daniel Boulier, Jacques Godard et Martine Malazdra vous en remercient.

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